L’économie iranienne est très fortement dépendante des hydrocarbures, qui représentent 27% du PIB, 60% des recettes publiques et près de 90% des exportations. Dans ce contexte, l’activité économique est encore soutenue et les comptes extérieurs sont largement excédentaires. Toutefois, les politiques budgétaire et monétaire expansionnistes du gouvernement ont provoqué un déséquilibre des finances publiques et un regain de l’inflation, si bien que le gouvernement dispose désormais d’une marge de manœuvre limitée pour faire face à la chute de ses revenus pétroliers, principale conséquence de la crise financière et économique mondiale sur l’économie iranienne. Dans le même temps, les sanctions internationales à l’encontre de l’Iran tendent à se renforcer en l’absence de toute volonté du régime de négocier sérieusement pour trouver une solution à la crise nucléaire.
Soutenue par la consommation des ménages qui ont profité de la redistribution des revenus pétroliers, la croissance du PIB devrait se maintenir en 2008/2009 à l’intérieur d’une fourchette comprise entre 4 et 5%.
Les excédents des finances publiques enregistrés ces dernières années devraient, compte tenu du coût croissant des subventions et de la baisse des recettes pétrolières, laisser la place à un déficit qui pourrait dépasser 3% du PIB en 2009. Dans ces conditions, les surplus de recettes qui auraient dû être déposés sur le Fonds de réserve pétrolier (OSF) ont été beaucoup plus faibles qu’escompté, si bien que le solde de ce dernier pourrait être proche de zéro à la fin de cette année iranienne (mars 2009).
Sur le plan des paiements extérieurs, la situation peut être encore considérée comme saine : la balance des paiements courants a dégagé un excédent de 34 Mds$ en 2007/2008, soit 12% du PIB. Pour 2008/2009, le solde pourrait se réduire à 8% du PIB. A la fin du mois de juin 2008, les réserves de la Banque Centrale s’élevent à environ 12 mois d’importations, la dette extérieure à 26 Mds$, soit environ 9% du PIB. Compte tenu des restrictions des banques internationales sur l’Iran, il est peu probable que la dette s’alourdisse en 2009.
Toutefois, force est de constater la faiblesse de la performance économique iranienne alors que les revenus du pays n’ont jamais été aussi élevés depuis la fondation de la République islamique :
l’injection des revenus pétroliers dans l’économie a provoqué un sursaut d’inflation qui est actuellement officiellement de 30% en rythme annuel et qui pourrait atteindre 50 à 60% en 2009 si le plan de réformes économiques du gouvernement, qui prévoit de remplacer les subventions indirectes sur l’énergie par des subventions directes aux ménages, venait à être adopté tel quel par le Parlement.
la politique de taux imposée par le gouvernement à la Banque Centrale a bloqué le système financier iranien : avec des taux prêteurs décrétés de 12% (alors que l’inflation est de plus du double), aucune banque publique n’est désormais en mesure de financer le secteur privé productif qui connaît de grandes difficultés de trésorerie.
le problème des subventions de l’énergie, des services publics et des produits de nécessité est devenu aigu en dépit du rationnement de l’essence et de l’augmentation de 25% de son prix à 8 centimes d’euros le litre. Pour 2008/2009, on estime à un minimum de 17 Mds$ le coût budgétaire des subventions directes (importation de produits alimentaires de base et carburants) soit 5% du PIB. Toutefois, le coût implicite pour l’économie iranienne des subventions directes et indirectes (en particulier les tarifs subventionnés de l’essence, du gaz et de l’électricité) est estimé à 90 Mds$, soit 25% du PIB ou l’équivalent des recettes pétrolières du pays.
le chômage est officiellement de 12% de la population active mais le sous-emploi reste important (de l’ordre de 30%).
en dépit des effets d’annonce entretenus par les autorités iraniennes sur de nouveaux projets de développement pétrolier et gazier par des compagnies nationales et étrangères (Chine, Inde, Russie, Turquie, etc.), les investissements indispensables au maintien de la capacité de production d’hydrocarbures sont quasiment bloqués en raison des sanctions internationales et des pressions américaines. La capacité de production de l’Iran est de 4,2 M b/j, soit légèrement au-dessus de son quota actuel, mais l’objectif de porter la production à 5,3 M b/j fin 2010 semble désormais hors de portée.
enfin, les sanctions sont à l’origine d’un surcoût pour les importations estimé à environ 20% (commissions des intermédiaires, primes de risque, etc.), soit 12 Mds$ par an.
Le contexte des relations avec l’Iran a évolué de manière négative avec l’adoption, entre juillet 2006 et septembre 2008, de cinq résolutions par le Conseil de sécurité des Nations Unies, dont trois de sanctions (1737, 1747 et 1803).
Ces résolutions ont été mises en œuvre par l’Union européenne à travers les positions communes 2007/140/PESC du 27 février 2007, 2007/246/PESC du 23 avril 2007, 2008/479/PESC du 23 juin 2008, 2008/652/PESC du 7 août 2008 ainsi que les règlements (CE) 423/2007 du 19 avril 2007) et (CE) 1110/2008 du 10 novembre 2008.
Les sanctions concernent principalement les domaines nucléaire et balistique, ainsi que les exportations d’armement. Mais, même restreintes à ce cadre, elles affectent de nombreux projets ainsi que certaines opérations de commerce courant en cas de biens à double usage. Elles prévoient également le gel des avoirs et des transactions de certaines banques iraniennes (Sepah et Melli) et appellent à la vigilance vis-à-vis du système financier iranien dans son ensemble et des compagnies de transport iraniennes IRISL et Iran Air Cargo. Enfin, l’Union européenne appelle les Etats membres à la vigilance et à la retenue en matière de financements et d’assurance crédit.
Dans deux communiqués publiés le 11 octobre 2007 et le 17 octobre 2008, le groupe d’action financière (GAFI) a exprimé sa préoccupation sur l’absence en Iran « d’un système complet de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme » et a appelé les institutions financières à appliquer des vigilances renforcées à l’égard des transactions financières de leurs clients en provenance ou à destination de l’Iran. En application de ces recommandations, de nombreuses banques dans le monde, non seulement au sein de l’Union européenne mais aussi dans les pays du Golfe et en Chine, sont désormais réticentes à augmenter leurs courants d’affaires avec l’Iran et certaines d’entre elles se sont même totalement désengagées et ne traitent plus aucune affaire avec ce pays.
